Claire de Duras était noble, bretonne et blanche. Ourika de Beauvau était adoptée, sénégalaise et noire. Nées à trois ans d’intervalle, elles auraient pu se rencontrer.
Quand Claire de Duras entendra l’histoire d’Ourika, elle en fera un roman engagé contre l’esclavage dont tout le XIXe siècle parlera. L’un des premiers best-sellers de l’Histoire.

L’écriture d’un des premiers best-sellers de l’Histoire
Décembre 1823. Paris est en ébullition. Ourika, un roman anonyme prônant l’égalité des races, vient de paraître et suscite un engouement sans précédent. Partout, on se l’arrache.
Inspiré par le destin tragique d’une enfant esclave sénégalaise ramenée en France, ce livre réussit l’impossible : fédérer toutes les sensibilités, politiques, littéraires et sociales.
Derrière ce succès phénoménal se cache un auteur inattendu : la duchesse Claire de Duras, célèbre aristocrate portée par ses idéaux qui, puisant dans ses propres souffrances, a mis son écriture au service d’une cause universelle.
Des comptoirs de traite africains aux salons de Saint-Germain, des massacres de la Terreur aux ors de la Restauration, Si nous n’étions captives retrace l’histoire de l’un des premiers best-sellers de la littérature. C’est surtout un hommage à deux femmes injustement oubliées : une humaniste convaincue, pionnière de l’antiracisme, et une enfant déracinée, symbole d’un peuple martyr.


✍️ Auteure : Cécile Chabaud (française)
📒 Maison d’édition : Éditions de L’Archipel
🖤 Genre : Littérature
📅 Sortie : 27 août 2026
📖 Pagination : 192 pages

📗 Début de lecture : 16 juin 2026
📕 Fin de lecture : 22 juin 2026
Ma note : 5/5


🪶 Mon avis

Deux femmes, deux prisons, une même quête de liberté

J’ai découvert Si nous n’étions captives dans le cadre du Prix Talent Cultura et de la rentrée littéraire de septembre 2026.

Je l’avoue volontiers : le roman historique n’est pas le genre vers lequel je me tourne spontanément. Pourtant, après les recommandations plus qu’enthousiastes de l’une de mes acolytes de lecture, Clothilde, je me suis laissée convaincre. Je pensais passer un bon moment… Je ne m’attendais pas à refermer ce livre complètement bouleversée.

J’ai frissonné. J’ai été révoltée. J’ai pleuré. J’ai parfois même eu l’impression que certaines réflexions faisaient écho à notre époque autant qu’à la mienne. Plus qu’une très belle lecture, Si nous n’étions captives est devenu un véritable coup de cœur.

Quand la fiction éclaire l’Histoire

Avant cette lecture, je connaissais déjà Ourika, cette nouvelle publiée en 1823 par Claire de Duras. Elle avait d’ailleurs été étudiée par ma fille au collège dans le cadre de la thématique « Femmes puissantes ». Je pensais retrouver cette histoire, mais Cécile Chabaud choisit un chemin bien plus ambitieux.

Plutôt que de réécrire Ourika, elle imagine ce qui a pu conduire Claire de Duras à prendre la plume. Le roman s’inspire librement de deux femmes ayant réellement existé : Claire de Duras, aristocrate bretonne, et Ourika, jeune sénégalaise arrachée à sa famille puis offerte à la maréchale de Beauvau. Les historiens s’accordent à dire qu’elles ne se sont jamais rencontrées. Pourtant, leurs destins finiront par dialoguer à travers la littérature.

J’ai trouvé cette approche particulièrement intelligente. L’autrice s’appuie sur une documentation impressionnante, nourrie de correspondances, de témoignages d’époque et de recherches historiques, tout en laissant une belle place à l’imagination. On sent le travail de recherche derrière chaque page, sans jamais avoir l’impression de lire une leçon d’Histoire. Au contraire, tout reste fluide, vivant et profondément romanesque.

Deux femmes que tout oppose… et que tout rapproche

Le récit alterne entre les parcours de Claire et d’Ourika. Ce choix narratif apporte beaucoup de rythme et, contrairement à d’autres romans construits de cette manière, je ne me suis jamais sentie perdue. Chaque changement de point de vue est parfaitement maîtrisé et permet aux deux histoires de se répondre naturellement.

Le destin d’Ourika est sans doute celui qui m’a le plus bouleversée. Encore bébé, elle est arrachée à sa mère, à sa tante, à son pays et à tout ce qui constitue son identité. Elle perd sa famille, ses racines, sa langue et devient un objet que l’on échange, que l’on vend ou que l’on offre comme un présent de peu de valeur. Les premières pages sont d’une violence saisissante. Cécile Chabaud ne cherche jamais à édulcorer les horreurs de l’esclavage. Elle montre la peur, les humiliations, les violences, mais aussi cette banalisation glaçante de l’inhumanité.

Cette lecture m’a profondément remuée. Elle rappelle combien cette barbarie fut longtemps considérée comme normale. Elle invite aussi, avec beaucoup de pudeur, à mesurer les privilèges dont nous bénéficions aujourd’hui.

Lorsque la maréchale de Beauvau recueille Ourika, son existence semble enfin prendre un nouveau tournant. Elle reçoit une éducation, de l’affection et une place dans une famille aristocratique. Pourtant, malgré cet amour sincère, le regard des autres continue de lui rappeler qu’elle n’est pas considérée comme une jeune fille « comme les autres ». Peut-on réellement être libre lorsque la société refuse de voir autre chose que la couleur de votre peau ?

Claire de Duras évolue, quant à elle, dans un univers qui semble à l’opposé. Elle possède un titre, une fortune, une place à la cour et fréquente les plus grands salons littéraires. Pourtant, elle apparaît elle aussi profondément captive.

Captive d’un mari distant. Captive des conventions de son époque. Captive d’un besoin presque incessant d’être aimée, reconnue et utile. Derrière les apparences d’une vie privilégiée se cache une femme en quête de sens, enfermée dans un rôle que la société lui assigne.

J’ai beaucoup aimé que Cécile Chabaud ne cherche jamais à en faire une héroïne idéalisée. Claire de Duras est une femme avec ses contradictions, ses blessures et ses fragilités. C’est précisément cette humanité qui rend son parcours si touchant.

Toutes captives, chacune à sa manière

C’est probablement ce qui m’a le plus marquée au fil de cette lecture. Le titre prend progressivement tout son sens.

Bien sûr, il y a la captivité d’Ourika, la plus évidente : celle de l’esclavage, de l’exil et du déracinement.

Mais il y a aussi celle de Claire, moins visible, plus insidieuse. Une captivité faite d’attentes, d’injonctions, de solitude et de quête d’amour.

Et finalement, toutes deux partagent une même prison : celle du regard que la société porte sur elles. L’une est enfermée par la couleur de sa peau. L’autre par sa condition de femme. Leurs chaînes sont différentes, mais elles trouvent leur origine dans un même ordre social qui décide de la place de chacun avant même qu’il puisse la choisir.

C’est cette lecture du titre qui m’a profondément touchée. Derrière le récit historique, Cécile Chabaud nous parle avant tout de liberté, de dignité et de la difficulté d’exister pleinement lorsque d’autres décident qui nous sommes.

Une fresque historique aussi passionnante qu’oppressante

Le roman traverse plusieurs périodes majeures de l’Histoire, notamment la Révolution française, la Terreur et la Restauration.

J’ai particulièrement aimé cette toile de fond historique, qui nourrit constamment les destins des personnages. Les familles aristocratiques vivent dans une angoisse permanente, conscientes que leurs privilèges peuvent disparaître du jour au lendemain. Cette tension politique renforce celle que vivent déjà les héroïnes et participe pleinement à l’atmosphère du roman.

Jamais l’Histoire ne prend le pas sur les personnages. Elle les accompagne, les façonne et les transforme.

Une histoire du XIXᵉ siècle qui résonne encore aujourd’hui

Ce qui m’a peut-être le plus surprise, c’est la modernité de ce roman.

En refermant ce livre, je ne me suis pas seulement interrogée sur le passé. Je me suis aussi demandé quelles étaient, aujourd’hui encore, les formes de captivité qui persistent autour de nous.

Le regard porté sur la différence, les discriminations, les attentes imposées aux femmes ou encore le besoin d’être accepté par les autres sont autant de thèmes qui trouvent un écho étonnamment actuel.

C’est sans doute ce qui rend cette lecture si forte. Elle raconte une histoire vieille de deux siècles tout en nous parlant du monde dans lequel nous vivons.

Mon avis

Je comprends que certains lecteurs auraient aimé passer davantage de temps auprès d’Ourika. Personnellement, ce choix ne m’a pas frustrée. J’ai aimé que Cécile Chabaud fasse dialoguer deux existences plutôt que d’en privilégier une seule. Surtout pour une histoire qui avait déjà été écrite. C’est précisément cette mise en miroir qui donne toute sa puissance au roman.

Avec une plume élégante, sensible et accessible, l’autrice signe une œuvre profondément humaine. Elle rend hommage à deux femmes que tout semblait opposer, tout en montrant qu’elles partageaient finalement une même quête : celle d’être libres d’exister selon leurs propres choix.

J’ai refermé ce livre bouleversée. Non seulement par ce qu’il raconte, mais surtout par ce qu’il nous invite à regarder autrement.

Un immense coup de cœur.
★★★★★ – 5/5



💬 Citations

La langue française est la plus belle qui soit, Ourika. Maitrisez-la, et vous pourrez entrer partout. Vous charmerez les autres, quel que soit leur sexe, quelle que soit leur classe, quelles que soient leurs opinions, La rhétorique est l’outil des forts quand la violence est l’arme des faibles.

Les relations entre les hommes et les femmes sont trop policées, trop mesquines, trop terrestres.

Vous n’êtes pas un cadeau de Stanislas, mais un don de Dieu.

Elle ne fut jamais traitée comme une propriété, mais comme une enfant véritable.

On doit parler à un enfant de sept ans aussi raisonnablement qu’à un homme de vingt.

Ne pas savoir, c’est être une graine sans terre ; refuser de savoir, c’est faner.

L’esclavage ne peut être associé à une couleur, une région ou une époque.

L’éducation fait aller plus loin que le fouet.

Je l’aimais. Aimer sincèrement donne les vices et les vertus de l’esclavage. J’étais esclave. Bien différemment des esclaves des îles, mais pas plus libre qu’eux.

Si vous aimez les gens, vous devez les laisser être ce qu’ils sont.

Pour quelles raisons s’entêtait on à creuser les différences ? Pourquoi diviser ?

Le noir est la couleur qui brille le plus. Cependant, les Noirs ne le savent pas, tant on les réduit à des sous-hommes.

On ne prends pas les femmes au sérieux quand elles tiennent la plume. Je dis cela pour votre bien. Continuez de faire passer vos idées dans votre salon des Tuileries. Les hommes se chargeront d’en faire des livres ou des lois.

La souffrance est commune à tous. Ce sont juste les raisons qui différent.


Instagram @caroline.book.club

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Caroline

♡ Bienvenue ♡
Je relis, j’annote, je surligne… pour ne rien oublier de mes lectures. Pour chaque tome, je rédige des chroniques avec mon avis, mais aussi des résumés spoilants.
L’objectif : Nous permettre de nous replonger dans l’histoire sans avoir à relire tout le livre avant de continuer la saga.
➳ Pratique, non ?