« Tu lis beaucoup… mais est-ce que tu aimerais lire des œuvres avant tout le monde ? » C’est un peu ce que représentait, pour moi, cette aventure.
Depuis plusieurs années, les livres occupent une place immense dans ma vie. Clubs de lecture, salons littéraires, dédicaces, chroniques sur Instagram… tout ce qui touche aux livres me passionne. Alors lorsque Cultura – Saint-Aunès m’a proposé de rejoindre le comité du Prix Talent Cultura 2026, je n’ai pas hésité une seule seconde.
À ce moment-là, je pensais simplement découvrir quelques romans en avant-première. Je ne savais pas encore que cette expérience allait profondément changer ma façon de lire.
Pendant deux mois, j’ai découvert les romans de la rentrée littéraire avant leur sortie et participé, avec d’autres passionnés, à la recherche de la prochaine révélation de la littérature française. Voici les coulisses d’une aventure que peu de lecteurs ont la chance de vivre.
Le Prix Talent Cultura, c’est quoi exactement ?
Créé en 2003, le Prix Talent Cultura met en lumière les premiers et deuxièmes romans d’auteurs francophones publiés lors de la rentrée littéraire. Depuis plus de vingt ans, il a contribué à révéler des écrivains aujourd’hui incontournables comme Gaël Faye, Delphine de Vigan, Leïla Slimani ou encore Nicolas Mathieu.
Le fonctionnement est simple. Durant plusieurs semaines, des libraires et des lecteurs passionnés découvrent les romans en avant-première. Chacun lit à son rythme, rédige une fiche de lecture, attribue une note et partage son ressenti. Les ouvrages les mieux évalués sont ensuite présélectionnés avant que le public ne désigne le grand lauréat. En 2025, c’est La bonne mère de Mathilda Di Matteo qui avait remporté le Prix Talent Cultura. Un roman que j’avais moi-même adoré lors de sa sortie. Cette année, c’était à notre tour d’essayer de dénicher la prochaine pépite.
Le jour où je suis devenue jurée
Le 4 mai 2026, je pousse pour la première fois la porte des bureaux de Cultura Saint-Aunès.
Oui… les bureaux. Pas le magasin. Les coulisses. Avant même d’entrer, nous signons tous un registre pour noter notre présence dans les locaux. Les romans que nous allons découvrir ne sont pas encore publiés. Impossible d’en parler sur les réseaux sociaux ou de dévoiler leur contenu avant leur sortie officielle. À cet instant, je comprends que cette aventure sera différente.
Je découvre ensuite les autres membres du comité. Des profils très variés. Des âges différents. Des métiers complètement différents. Très peu d’hommes, un seul. Mais un point commun saute immédiatement aux yeux : notre amour des livres. Très vite, la glace se brise. On échange sur nos habitudes de lecture, nos auteurs préférés, le nombre de livres qui débordent de nos bibliothèques. Je ressens surtout une immense fierté. La fierté d’avoir ma place parmi d’autres lecteurs passionnés, parfois bien plus expérimentés que moi. Je ne me sens pourtant jamais jugée. Au contraire. Très vite, je comprends que je viens d’intégrer une véritable safe place où chacun pourra défendre ses lectures en toute bienveillance.
Bienvenue dans les coulisses de Cultura
Comme dans toutes les réunions un peu secrètes, il y avait un lieu. Et quel lieu ! Nous avions la chance d’accéder à un espace habituellement interdit au public : les bureaux de Cultura. J’avoue que j’adorais cette sensation d’avoir franchi une porte que les clients ne voient jamais. Tout était parfaitement organisé. Des chaises confortables. La climatisation (plus qu’appréciable au mois de juin dans le Sud !). Des boissons fraîches. Quelques gourmandises. Nous étions accueillis comme de véritables invités.
Deux personnes ont rendu cette aventure particulièrement agréable : Chloé et Julie. Toujours disponibles, toujours souriantes, elles nous remettaient les romans, organisaient les réunions, répondaient à nos questions et veillaient à ce que tout se déroule parfaitement. Leur enthousiasme a largement contribué à faire de ce comité une expérience aussi conviviale.
J’avoue que j’adorais ce petit rituel. Il donnait presque l’impression d’intégrer une société secrète de lecteurs.
Comment s’organise un comité de lecture ?
Beaucoup de personnes m’ont demandé comment se déroulait concrètement le comité. Alors, voici les coulisses de ces deux mois de lecture.
Les emprunts : comme une bibliothèque… version rentrée littéraire
Notre première mission consistait à choisir les romans que nous souhaitions découvrir.
Pour les épreuves papier, le fonctionnement était simple : nous pouvions emprunter deux livres à la fois. Ce système permettait à chacun des membres du comité d’avoir régulièrement accès à de nouveaux romans. Lorsqu’un livre était terminé, il suffisait de le rapporter chez Cultura Saint-Aunès pour pouvoir repartir avec un nouvel ouvrage. Exactement comme dans une bibliothèque. J’aimais beaucoup cette liberté. Nous pouvions passer en magasin quand nous le souhaitions, en fonction de notre rythme de lecture, pour rendre un livre et en emprunter un autre.
En parallèle, les éditeurs mettaient également à notre disposition des services de presse numériques. Grâce à un Google Drive partagé, nous avions accès à d’autres romans en version numérique. Une solution très pratique lorsque tous les exemplaires papier étaient déjà empruntés… ou tout simplement pour les lecteurs qui préfèrent lire sur liseuse ou tablette.
Une fiche de lecture pour chaque roman
Lire ne suffisait pas. Après chaque lecture, nous devions remplir une fiche de lecture détaillée et attribuer une note sur 10. L’objectif n’était pas seulement de dire si nous avions aimé ou non, mais surtout d’expliquer pourquoi.
Qu’est-ce qui nous avait touchés ?
Le style de l’auteur fonctionnait-il ?
L’intrigue était-elle convaincante ?
Les personnages étaient-ils mémorables ?
Même lorsqu’un livre ne nous plaisait pas, notre avis avait de la valeur. Les critiques négatives étaient aussi importantes que les positives. C’est précisément grâce à l’ensemble de ces avis que les romans les plus prometteurs pouvaient se démarquer. J’ai toujours essayé de les formuler avec respect, en expliquant précisément pourquoi un roman n’avait pas réussi à me convaincre. Parce qu’un avis reste profondément subjectif. Et qu’un auteur peut aussi grandir grâce à des critiques argumentées.
Une aventure sous le sceau de la confidentialité
Participer à un comité de lecture, c’est aussi accepter une responsabilité. Tous les romans que nous découvrions étaient encore inédits. Certains n’avaient même pas leur couverture définitive et pouvaient encore faire l’objet de dernières corrections avant leur publication. Nous nous étions donc engagés à respecter une règle essentielle : la confidentialité. Impossible de dévoiler nos lectures, de publier des extraits ou d’en parler sur les réseaux sociaux avant leur date de sortie officielle.
Pour quelqu’un qui adore partager ses lectures au quotidien, ce n’était pas toujours facile ! Mais cette confiance accordée par les éditeurs faisait aussi partie du privilège de participer à cette aventure.
Partir de Cultura avec « mon précieux »
Puis arrive le moment que j’attendais. Les premiers romans sont là. Enfin… presque. Pour la plupart, il ne s’agit pas encore des livres que vous découvrirez en librairie. Les couvertures sont provisoires. Certaines coquilles sont encore présentes. Ces ouvrages sont encore en train de vivre leurs dernières étapes avant leur publication.
Je repars avec deux épreuves sous le bras. Et je crois que je n’oublierai jamais cette sensation. À chaque fois que je quittais Cultura, je regardais presque instinctivement le vigile. J’avais envie de lui dire : « Promis, je ne les vole pas ! Ils sont prêtés par le comité ! »
Partir d’une librairie avec des livres sans passer par la caisse procure une sensation assez étrange. Pendant quelques secondes, je me sentais un peu comme Gollum repartant avec son précieux.
Choisir un livre sans sa couverture finale
Les romans que nous lisions étaient des épreuves non corrigées. Il arrivait donc de tomber sur quelques coquilles, une mise en page provisoire ou une couverture qui n’était pas encore celle que vous découvrirez en librairie. C’était assez fascinant de voir un livre « en construction », juste avant sa naissance officielle.
Je pensais que le plus difficile serait de trouver le temps de lire. Je me trompais. Le plus compliqué a finalement été… de choisir. Sans couverture définitive, impossible de me laisser guider par le premier regard. Il ne restait qu’un titre. Un résumé. Et mon intuition. Oui, j’ai l’habitude de juger un livre à sa couverture… et fort !
Mon premier choix s’est porté sur La dernière des Wilberforce de Julia Kerninon. J’ai pris l’un des rares livres qui avait une couverture finalisée. J’ai évidement aussi lu le résumé sur la 4e de couverture qui avait l’air d’avoir une vibe « suspens, thriller, règlement de compte… » Malheureusement, ce fut aussi ma première (et seule) déception. Comme je ne suis pas du genre à abandonner un livre, j’ai tenu jusqu’au bout… Et ce fut long ! Mais cette première expérience m’a appris quelque chose. Finalement ce n’est pas suffisant de juger un livre à sa couverture. Les meilleurs conseils viennent souvent… des autres lecteurs. À partir de là, j’ai commencé à écouter les recommandations des membres du comité. Et elles m’ont permis de faire de très belles découvertes. Plus de sortie de route après cette première désillusion.
Une immense claque… et une belle leçon
S’il y a une chose que cette aventure a complètement bouleversée, c’est mon regard sur les premiers romans.
Avant ce comité, j’avais un énorme préjugé. Pour moi, un premier roman était souvent une sorte de brouillon. Une étape avant les grands livres. Quelle erreur. J’ai pris une véritable claque. J’ai découvert des auteurs d’une maturité incroyable. Des plumes déjà affirmées. Des constructions narratives audacieuses.
J’ai compris qu’un premier roman pouvait être aussi puissant qu’un livre signé par un auteur confirmé.
Et je crois que je regarderai désormais les premières œuvres avec beaucoup plus de curiosité.
Sortir de ma zone de confort
S’il y a bien un rayon dans lequel je ne m’aventure presque jamais en librairie, c’est celui de la littérature contemporaine. Donnez-moi de la Romantasy, de la Fantasy de la Dark Romance ou même une Romance, et je suis dans mon élément. Mais la littérature ? Je la regardais toujours d’un peu loin.
Participer à ce comité m’a obligée à sortir de cette zone de confort. Et aujourd’hui, je peux le dire sans hésiter : c’est probablement le plus beau cadeau que cette aventure m’ait offert. Jamais je ne serais allée spontanément vers certains de ces romans. Et pourtant, plusieurs d’entre eux resteront longtemps dans ma mémoire.
Parmi eux, un immense coup de cœur : Horélie de Delphine Saada. Un roman qui m’a fascinée autant par son histoire que par sa construction. Ses chapitres très courts, son monologue adressé à un avocat, son rythme et surtout cette fin qui continue à résonner longtemps après avoir refermé le livre.
Je consacrerai un article à chacun des romans lus pendant cette aventure. Ils méritent tous qu’on prenne le temps d’en parler.
- La dernière des Wilberforce de Julia Kerninon
- Horélie de Delphine Saada
- Si nous n’étions captives de Cécile Chabaud
- Heures sauvages de Marie Petitcuénot
Sans que personne ne nous communique un thème particulier, deux sujets revenaient très souvent au fil des lectures : la folie et la violence. Deux thèmes abordés de façons très différentes selon les auteurs, mais qui semblent traverser cette rentrée littéraire.
Les réunions : le cœur de cette aventure
Entre le 4 mai et le 28 juillet 2026, plusieurs réunions ont rythmé notre aventure.
- 4 mai 2026 : première rencontre, présentation du projet et des participants. Nous découvrons le fonctionnement du Prix Talent Cultura, les règles de confidentialité et… les premières piles de romans qui n’attendent plus que nous.
- 5 juin 2026 : première réunion consacrée à nos lectures. Les premiers coups de cœur émergent, les premières déceptions aussi. On commence à découvrir les goûts littéraires de chacun.
- 25 juin 2026 : les débats prennent de l’ampleur. Nous défendons nos romans favoris, nous confrontons nos points de vue et, parfois, les arguments des autres nous donnent envie de relire un livre sous un nouvel angle.
- 3 juillet 2026 : date limite pour déposer toutes nos fiches de lecture et nos critiques sur la plateforme. Chaque note compte pour faire émerger les romans qui composeront la sélection finale.
- 28 juillet 2026 : dernière réunion du comité. L’occasion de revenir sur cette aventure, d’échanger une dernière fois sur nos coups de cœur et de dresser le bilan de plusieurs semaines passées à vivre la rentrée littéraire avant tout le monde.
Les débats se sont intensifiés au fil des rencontres. Certains romans faisaient presque l’unanimité. D’autres divisaient complètement le groupe. Et c’était passionnant. D’autres divisaient complètement le groupe. Et c’était passionnant. J’ai adoré pitcher les livres que j’avais lus. Expliquer pourquoi certains m’avaient émue. Pourquoi d’autres avaient moins fonctionné avec moi. Écouter les avis des autres. Découvrir des arguments auxquels je n’avais jamais pensé.
Je garde un souvenir particulier des interventions de Clothilde. Elle possède un véritable talent d’oratrice. En quelques minutes, elle était capable de donner envie de lire un roman sans jamais trop en révéler. Mais attention pas de spoil !!
Je suis ressortie de chacune de ces réunions avec une pile de recommandations supplémentaires. Comme quoi… même lorsque l’on fait partie d’un comité de lecture, on continue d’être influencé par les autres lecteurs.
Plus qu’un comité de lecture…
Au fil des semaines, je me suis rendu compte que je n’étais pas seulement en train de lire des livres. J’étais en train de partager quelque chose. Nous étions tous très différents. Et pourtant, une seule chose nous réunissait. Notre passion commune pour la lecture.
Jamais je ne me suis sentie jugée. Jamais je n’ai eu peur de défendre un avis. J’étais dans une véritable safe place. Un endroit où chacun pouvait aimer ou ne pas aimer un livre. Où les désaccords nourrissaient les discussions au lieu de les empêcher.
Au-delà des romans découverts, je garderai le souvenir d’une aventure profondément humaine. La fierté d’avoir contribué, à mon échelle, à faire émerger de nouveaux auteurs. Et peut-être aussi celle de pouvoir dire, dans quelques années : « Je me souviens… j’avais lu son tout premier roman avant tout le monde. »
Dans quelques années, je croiserai peut-être le nom de l’un de ces auteurs en tête des ventes, sur la liste des grands prix littéraires ou au détour d’un salon du livre. Et je repenserai sûrement à ces réunions dans les bureaux de Cultura, à ces épreuves sans couverture définitive, à ces débats passionnés autour d’une table. Avec une petite fierté au fond de moi : celle d’avoir découvert certains de ces auteurs alors qu’ils n’étaient encore connus de presque personne.
Je pensais simplement participer à un comité de lecture. J’en ressors avec bien davantage. J’ai appris à argumenter mes avis. À écouter ceux des autres. À accepter que deux lecteurs puissent aimer profondément un même livre… pour des raisons complètement différentes. J’ai découvert l’envers du décor de la rentrée littéraire. Et surtout, j’ai rencontré une formidable communauté de passionnés. Nous n’avions ni le même âge, ni les mêmes métiers, ni les mêmes parcours de lecteurs. Mais nous partagions tous une même envie : découvrir des histoires et les transmettre.
Le 28 juillet, j’ai rendu mon dernier roman au comité du Prix Talent Cultura. Mais je suis partie avec quelque chose que personne ne me demandera de restituer : le souvenir d’une aventure humaine, littéraire et profondément inspirante.
Et si un jour on me proposait de reprendre ma place autour de cette table de lecteurs passionnés… Je répondrais oui, sans hésiter.







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