Waldo accepte Ă  contrecƓur de se rendre Ă  la fĂȘte que sa mĂšre, autrice Ă  succĂšs, organise sur la presqu’Ăźle. Six cents hectares de libertĂ©, les dunes sous le vent, les criques dĂ©sertes


Chaque Ă©tĂ© depuis l’enfance, Waldo et son frĂšre Adam retrouvaient lĂ  les sƓurs Wilberforce : Annabel, la cheffe de bande, et Olivia, plus secrĂšte. Entre eux, ils s’appelaient les  » jumeaux cosmiques « . Mais l’adolescence est venue Ă  bout de leur bonheur.

Dix ans ont passĂ©. À la nuit tombĂ©e, la fĂȘte se transforme en un théùtre de rĂ©vĂ©lations, oĂč chacun doit regarder en face ce qu’il a fait, ignorĂ© ou tu.

La DerniÚre des Wilberforce est un roman tempétueux et fascinant sur les amours perdues, la maternité, la violence, la responsabilité, le besoin de réparation et le désir de liberté.


✍ Auteure : Julia Kerninon (française)
📒 Maison d’Ă©dition : L’Iconoclaste
đŸ–€ Genre : LittĂ©rature
📅 Sortie : 20 aoĂ»t 2026
📖 Pagination : 288 pages

📗 DĂ©but de lecture : 18 mai 2026
📕 Fin de lecture : 31 mai 2026
⭐ Ma note : 2/5


đŸȘ¶ Mon avis

J’ai dĂ©couvert La derniĂšre des Wilberforce dans le cadre du Prix Talent Cultura et de la rentrĂ©e littĂ©raire de septembre 2026.

Une fresque familiale qui m’a laissĂ©e sur le bord du chemin

Chaque rentrĂ©e littĂ©raire apporte son lot de romans trĂšs attendus, et La derniĂšre des Wilberforce de Julia Kerninon faisait partie de ceux que j’avais le plus envie de dĂ©couvrir. Il faut dire que sa quatriĂšme de couverture avait tout pour me sĂ©duire : deux familles unies par des Ă©tĂ©s passĂ©s sur une presqu’Ăźle isolĂ©e, deux morts inexpliquĂ©es, des secrets enfouis depuis dix ans et une fĂȘte qui promet enfin de faire Ă©clater la vĂ©ritĂ©.

Tous les ingrĂ©dients semblaient rĂ©unis pour offrir un roman Ă  suspense, portĂ© par une tension psychologique grandissante. Malheureusement, cette promesse n’a pas Ă©tĂ© celle que j’ai retrouvĂ©e au fil de ma lecture.

Si Julia Kerninon signe ici un rĂ©cit profondĂ©ment humain, centrĂ© sur les liens familiaux et les blessures qui traversent plusieurs gĂ©nĂ©rations, je suis malheureusement restĂ©e Ă  distance de cette histoire. La faute Ă  une construction qui m’a souvent perdue et Ă  un rythme qui ne m’a jamais rĂ©ellement embarquĂ©e.

Un roman avant tout centré sur les relations humaines

Il y a dix ans, les destins des familles Wilberforce et Schnabel ont basculĂ©. Depuis, plus rien n’est comme avant.

En revenant sur cette presqu’Ăźle oĂč il passait tous ses Ă©tĂ©s d’enfance, Waldo retrouve les lieux de ses souvenirs mais aussi les fantĂŽmes d’un passĂ© qui refuse de disparaĂźtre. Peu Ă  peu, Julia Kerninon remonte le fil des annĂ©es pour raconter comment deux familles, autrefois insĂ©parables, ont vu leurs liens se fissurer jusqu’au drame.

Sur le papier, l’idĂ©e est particuliĂšrement sĂ©duisante.

Le roman explore de nombreuses thĂ©matiques fortes : l’enfance, la famille, la maternitĂ©, les secrets, les non-dits, les traumatismes, les violences, la vengeance, mais aussi la place des femmes dans des histoires souvent Ă©crites par les hommes. Les personnages fĂ©minins occupent d’ailleurs une place centrale dans le rĂ©cit. Eva, Magdalen, Annabel, Olivia, Naomi ou encore Diane incarnent chacune, Ă  leur maniĂšre, diffĂ©rentes facettes de la maternitĂ©, de la rĂ©silience et de la sororitĂ©.

Autant de sujets qui donnent au roman une véritable densité émotionnelle.

Une galerie de personnages trĂšs riche… parfois trop

Julia Kerninon prend le temps de construire chacun de ses personnages. Le lecteur découvre leurs émotions, leurs blessures, leurs contradictions et leurs aspirations au fil des années.

C’est sans doute ce qui sĂ©duira les amateurs de romans intimistes. Pour ma part, cette multiplication des points de vue m’a davantage dĂ©stabilisĂ©e qu’immergĂ©e.

Le rĂ©cit passe constamment d’un personnage Ă  l’autre, alterne les gĂ©nĂ©rations, revient dans le passĂ© puis repart dans le prĂ©sent avant de changer une nouvelle fois de narrateur. MĂȘme certains personnages secondaires prennent ponctuellement la parole.

RĂ©sultat : j’ai eu beaucoup de mal Ă  trouver un vĂ©ritable fil conducteur. J’avais rĂ©guliĂšrement besoin de me resituer dans le temps, dans les Ă©vĂ©nements et parmi les nombreux protagonistes.

Le roman est divisĂ© en quatre parties, mais cette construction ne m’a malheureusement pas aidĂ©e Ă  mieux apprĂ©hender le rĂ©cit. Les diffĂ©rentes temporalitĂ©s continuent de s’entrecroiser jusqu’aux derniĂšres pages, donnant parfois une impression de superposition plus que de progression.

Je suis consciente que cette narration Ă©clatĂ©e pourra sĂ©duire certains lecteurs. Dans mon cas, elle m’a surtout tenue Ă  distance de l’histoire.

Une intrigue qui arrive beaucoup trop tard

C’est certainement le point qui explique le mieux ma dĂ©ception.

En dĂ©couvrant le rĂ©sumĂ©, je m’attendais Ă  un vĂ©ritable suspense psychologique. Les morts Ă©voquĂ©es dĂšs la prĂ©sentation du roman, laissaient prĂ©sager une intrigue oĂč chaque chapitre viendrait progressivement rĂ©vĂ©ler une nouvelle piĂšce du puzzle.

Or, j’ai eu le sentiment que le roman consacrait l’immense majoritĂ© de ses pages Ă  dresser le portrait des personnages, laissant finalement trĂšs peu de place au mystĂšre lui-mĂȘme. Pendant prĂšs de 240 pages, Julia Kerninon construit les relations entre les membres des deux familles, leurs Ă©motions et leurs souvenirs. Les rĂ©vĂ©lations, elles, arrivent essentiellement dans les toutes derniĂšres dizaines de pages.

Je ne dirais pas que certains passages sont inutiles. En revanche, j’ai ressenti un vĂ©ritable dĂ©sĂ©quilibre entre le dĂ©veloppement psychologique des personnages et l’Ă©volution de l’intrigue. À plusieurs reprises, je me suis demandĂ© oĂč l’autrice souhaitait m’emmener. Cette question est finalement devenue mon principal moteur de lecture.

Un rythme contemplatif qui ne m’a pas convaincue

J’ai pourtant beaucoup aimĂ© le choix des chapitres courts. Habituellement, ce type de dĂ©coupage apporte du dynamisme et donne envie d’enchaĂźner les pages.

Ici, j’ai ressenti l’effet inverse.

Les nombreux changements de narrateur, associés aux descriptions et aux retours constants dans le passé, donnent un rythme trÚs fragmenté. Le récit avance par petites touches successives sans que la tension ne monte réellement.

J’attendais cette sensation d’urgence qui pousse Ă  tourner les pages pour dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ©. Je ne l’ai malheureusement jamais ressentie. Le roman m’a davantage donnĂ© l’impression d’observer une succession de tableaux familiaux que de suivre une intrigue en pleine construction.

Une lecture qui aborde des sujets particuliĂšrement difficiles

Un autre Ă©lĂ©ment m’a surprise au cours de cette lecture. DĂšs les premiĂšres pages, plusieurs Ă©vĂ©nements extrĂȘmement violents sont Ă©voquĂ©s avec une grande frontalitĂ©. Certains thĂšmes sensibles apparaissent trĂšs rapidement, parfois en quelques lignes seulement, sans vĂ©ritable montĂ©e en tension ni prĂ©paration Ă©motionnelle.

Cette maniĂšre de raconter correspond Ă©videmment Ă  un choix d’Ă©criture.

En revanche, j’ai Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©e de ne trouver aucun avertissement concernant ces thĂ©matiques. Aujourd’hui, de nombreuses maisons d’Ă©dition prennent l’habitude d’intĂ©grer des Trigger Warnings lorsque des sujets particuliĂšrement difficiles sont abordĂ©s. Je trouve cette dĂ©marche importante, non pas pour censurer les Ɠuvres, mais pour permettre Ă  chacun d’aborder une lecture en toute connaissance de cause.

Certaines scĂšnes ou certains sujets de La derniĂšre des Wilberforce peuvent heurter des lecteurs sensibles. J’aurais donc apprĂ©ciĂ© que cette information soit clairement indiquĂ©e.

Une plume sensible au service de personnages complexes

Si cette lecture ne m’a pas convaincue, je reconnais volontiers le talent de Julia Kerninon pour dĂ©crire les Ă©motions humaines. Son Ă©criture reste Ă©lĂ©gante, prĂ©cise et profondĂ©ment tournĂ©e vers l’intime. Elle observe avec finesse les relations familiales, les blessures de l’enfance, les silences qui s’installent au fil des annĂ©es et les secrets qui finissent par transformer ceux qui les portent.

Une phrase m’a particuliĂšrement marquĂ©e :

« Elle avait appris, elle aussi, que l’amour n’Ă©tait pas un choix qu’on faisait, mais simplement quelque chose qui nous arrivait. »

À elle seule, cette citation rĂ©sume une partie de la philosophie du roman : celle d’ĂȘtres humains dĂ©passĂ©s par leurs sentiments, leurs choix et leurs blessures.

Je comprends sans difficultĂ© pourquoi de nombreux lecteurs apprĂ©cient profondĂ©ment l’univers de Julia Kerninon. Sa plume possĂšde une vraie sensibilitĂ© et une capacitĂ© Ă  explorer les Ă©motions avec beaucoup de justesse. Simplement, cette fois-ci, elle n’a pas suffi Ă  me faire oublier les difficultĂ©s que j’ai rencontrĂ©es avec la construction du rĂ©cit.

Mon avis sur La derniĂšre des Wilberforce

J’aurais sincĂšrement aimĂ© aimer ce roman.

Tous les ingrĂ©dients semblaient rĂ©unis pour me sĂ©duire : une presqu’Ăźle isolĂ©e, deux familles liĂ©es depuis l’enfance, des secrets enfouis depuis dix ans et la promesse d’un suspense psychologique.

Mais au fil des pages, je me suis sentie de plus en plus spectatrice de cette histoire plutĂŽt qu’actrice de la lecture.

LĂ  oĂč j’espĂ©rais une intrigue progressive, j’ai dĂ©couvert un roman essentiellement consacrĂ© aux personnages et Ă  leurs Ă©motions. LĂ  oĂč j’attendais une montĂ©e en tension, j’ai trouvĂ© un rĂ©cit contemplatif dont les rĂ©vĂ©lations arrivent, Ă  mon sens, beaucoup trop tardivement.

Je comprends parfaitement que certains lecteurs aient Ă©tĂ© touchĂ©s par cette approche trĂšs introspective et par la richesse des portraits fĂ©minins. Pour ma part, je suis malheureusement restĂ©e Ă  distance de cette histoire, jusqu’Ă  un dĂ©nouement qui ne m’a pas totalement convaincue.

Cette lecture n’Ă©tait sans doute tout simplement pas faite pour moi.

Pour qui est ce livre ?

Je recommande La derniĂšre des Wilberforce si vous aimez :

  • les grandes sagas familiales centrĂ©es sur les Ă©motions ;
  • les romans psychologiques davantage tournĂ©s vers les personnages que vers l’action ;
  • les rĂ©cits construits sur plusieurs temporalitĂ©s ;
  • les histoires de secrets de famille et de non-dits ;
  • les portraits de femmes complexes et les relations mĂšre-fille.

En revanche, si, comme moi, vous recherchez avant tout un suspense haletant ou un thriller psychologique oĂč l’intrigue progresse constamment, il est possible que vos attentes ne soient pas totalement comblĂ©es.


Ma note : 2 / 5 ⭐

Une plume sensible, des thĂšmes forts et des personnages travaillĂ©s, mais une construction qui m’a perdue et une intrigue trop discrĂšte pour rĂ©pondre aux attentes que laissait entrevoir la quatriĂšme de couverture.



💬 Citations

Écrire des livres, et donc Ă©chouer, lui avait appris la patience.

Elle avait appris, elle aussi, que l’amour n’Ă©tait pas un choix qu’on faisait, mais simplement quelque chose qui nous arrivait.

Elle lisait des livres et ils lui parlaient d’ailleurs, d’autres mondes qu’elle brulait d’explorer.

Combien d’heures loin de soi est-ce qu’on devrait passer dans une vie ? Ce n’Ă©tait pas l’effort qui l’inquiĂ©tait, mais la sensation de dĂ©possession, de n’avoir jamais le temps de reprendre sa respiration, d’ĂȘtre constamment en train de performer un rĂŽle.

Dans son enfance elle n’avait eu d’autre refuge, trĂšs tĂŽt elle avait investi les livres, et peut-ĂȘtre que c’était parce qu’elle l’avait voulu aussi, confusĂ©ment, le poids d’un objet dense dans sa main en permanence, arme de dĂ©fense, bouclier, cuirasse, excuse, porte de sortie.

AprÚs le déjeuner, elle se mettait à son bureau et elle écrivait. Les mots venaient tout seuls, comme des animaux curieux.

Une mÚre qui écrit, une malédiction. Il ne pouvait jamais savoir sur quoi elle allait écrire, il le découvrait uniquement quand le livre était publié.

Toutes les deux, elles aimaient lire. Toutes les deux, les hommes les déconcertaient.
Toutes les deux, elles avaient fui leur famille ventre Ă  terre pour fonder Ă  leur tour une famille, sans aucun indice sur la marche Ă  suivre pour que les choses se passent bien cette fois.

Avec le recul, beaucoup plus tard, elle se dirait qu’à vingt-trois ans elle avait confondu l’amour pour l’endroit avec l’amour pour un homme.


Instagram @caroline.book.club

Laisser un commentaire

Caroline

♡ Bienvenue ♡
Je relis, j’annote, je surligne
 pour ne rien oublier de mes lectures. Pour chaque tome, je rĂ©dige des chroniques avec mon avis, mais aussi des rĂ©sumĂ©s spoilants.
L’objectif : Nous permettre de nous replonger dans l’histoire sans avoir à relire tout le livre avant de continuer la saga.
➳ Pratique, non ?