Aurélie a trente ans. Aurélie est en prison. Car Aurélie a commis un crime dont les média ont fait leur choux gras. En attente de son jugement, dans le parloir face à l’avocat renommé qui s’est emparé de son affaire, Aurélie parle. Les souvenirs refoulés surgissent avec violence et précision. Aurélie ne se fait pas de cadeau. Et nous remontons avec elle, pas à pas, chacun des rouages qui l’ont, de manière incompressible, amenée à commettre le pire.
A travers le contraste entre Hortense, une instagrammeuse à succès, et Aurélie, une jeune femme en mal affectif qui l’observe à s’y perdre, le récit interroge l’écho des identités numériques et la fascination qu’elles exercent.
✍️ Auteure : Delphine Saada (française)
📒 Maison d’édition : Harper Collins
🖤 Genre : Littérature
📅 Sortie : 19 août 2026
📖 Pagination : 256 pages
📗 Début de lecture : 01 juin 2026
📕 Fin de lecture : 05 juin 2026
⭐ Ma note : 5/5
🪶 Mon avis
J’ai découvert Horélie dans le cadre du Prix Talent Cultura et de la rentrée littéraire de septembre 2026.
L’histoire d’une femme que la vie a lentement brisée
Certaines lectures nous divertissent. D’autres nous bouleversent. Et puis il y a celles qui nous obligent à regarder notre société autrement. Horélie fait incontestablement partie de cette dernière catégorie.
J’ai eu la chance de découvrir ce roman dans le cadre du Prix Talent Cultura, une belle occasion de partir à la rencontre de nouvelles voix de la littérature contemporaine. Et quelle rencontre… Avec ce deuxième roman, Delphine Saada signe un récit profondément humain, dérangeant par moments, mais surtout d’une justesse remarquable.
Dès les premières pages, j’ai compris que cette lecture ne me laisserait pas indemne.
Une narration originale qui fait du lecteur un confident
L’un des premiers éléments qui m’a séduite est le choix narratif. Aurélie s’adresse à son avocat afin de lui raconter son histoire, et, par extension, c’est à nous qu’elle se confie. Nous devenons les témoins privilégiés de ses souvenirs, de ses aveux, de ses blessures et de ses silences.
Cette proximité fonctionne à merveille. Impossible de rester simple spectateur. Au fil des pages, on écoute, on observe, on tente de comprendre. Sans jamais connaître immédiatement toute la vérité, le récit nous pousse à nous interroger : qu’est-ce qui a conduit cette jeune femme en prison ?
Cette construction entretient une tension constante, non pas autour du « quoi », mais autour du « pourquoi ». Et c’est toute la force du roman.
Une héroïne… humaine
Aurélie est de ces personnages qui ne cherchent jamais à être aimés. Elle est imparfaite, parfois agaçante, souvent bouleversante. Une femme cabossée par une enfance où l’amour a toujours semblé manquer.
Élevée dans une cité, entre un père prisonnier de son alcoolisme et une mère résignée, souvent violente dans ses paroles, Aurélie grandit dans un environnement où les marques d’affection sont rares. Elle avance comme elle peut, avec ses blessures, ses frustrations et ce besoin immense d’être enfin reconnue.
Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est la manière dont Delphine Saada refuse toute facilité. Elle ne cherche ni à faire d’Aurélie une victime absolue, ni un monstre. Elle nous invite plutôt à comprendre le cheminement d’une femme dont les failles se sont accumulées jusqu’à devenir impossibles à contenir.
Le roman pose alors une question aussi inconfortable que passionnante : jusqu’où notre histoire personnelle peut-elle expliquer les actes que nous commettons ? Comprendre n’est pas excuser, mais comprendre reste indispensable.
Le miroir déformant des réseaux sociaux
Sous ses airs de roman psychologique, Horélie propose également une réflexion extrêmement actuelle sur notre rapport aux réseaux sociaux.
Lorsque le Covid bouleverse son quotidien, Aurélie perd bien plus qu’un emploi. Elle perd un rythme, des repères, un lien avec les autres. Son isolement devient le terreau idéal pour laisser grandir une fascination envers Hortense, une influenceuse dont la vie semble parfaite. Mari idéal, enfants parfaits, maison parfaite, vacances parfaites… À travers son écran, Aurélie contemple ce qu’elle n’a jamais eu. Cette admiration glisse peu à peu vers quelque chose de beaucoup plus profond. Plus dérangeant aussi.
J’ai trouvé que le roman interrogeait avec beaucoup de finesse le pouvoir des identités numériques. Les réseaux sociaux ne sont jamais présentés comme les seuls responsables, mais comme un amplificateur de blessures déjà présentes. Lorsqu’un manque affectif, une solitude ou une fragilité psychologique rencontrent des images idéalisées diffusées en permanence, les conséquences peuvent devenir vertigineuses.
Cette réflexion résonne particulièrement dans une époque où chacun est quotidiennement confronté à ces vitrines de bonheur soigneusement mises en scène.
Une plongée dans les blessures d’une génération
Ce qui m’a surprise, c’est la quantité de sujets abordés en relativement peu de pages.
Violences familiales, racisme ordinaire, différences de religion, harcèlement scolaire, addictions, dépression, anxiété, solitude, abandon… Le roman évoque autant de thématiques lourdes sans jamais donner l’impression de vouloir cocher une liste. Tout s’intègre naturellement au parcours d’Aurélie.
J’ai également beaucoup apprécié les nombreuses références à la pop culture des années 1980 et 1990. Elles m’ont replongée dans des souvenirs communs, dans cette télévision qui rythmait nos journées, dans ces émissions qui ont accompagné toute une génération.
À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression de retrouver une amie d’enfance en lisant ses confidences. Comme si Aurélie avait grandi dans le même quartier, regardé les mêmes programmes, partagé les mêmes références… avant que nos chemins ne prennent des directions radicalement différentes. Cette proximité rend son histoire d’autant plus bouleversante.
Un titre qui prend tout son sens
L’un des aspects qui m’a marquée est le choix du titre.
J’y ai vu une fusion symbolique entre Hortense et Aurélie, comme si leurs deux identités finissaient par se confondre. Au fil de ma lecture, j’ai eu le sentiment qu’Aurélie ne cherchait plus seulement à admirer Hortense : elle voulait s’approprier son existence, son image, son aura, jusqu’à laisser la sienne s’effacer.
Je ne sais pas si telle était l’intention de Delphine Saada, mais cette interprétation m’a accompagnée tout au long du roman et je l’ai trouvée particulièrement forte.
Une écriture qui touche sans jamais forcer l’émotion
J’ai beaucoup aimé la plume de Delphine Saada. Son écriture est directe, parfois rugueuse, toujours sincère. Elle ne cherche jamais à embellir les situations ni à manipuler les émotions du lecteur. Ce sont les personnages, leurs failles et leurs contradictions qui parlent d’eux-mêmes. Le résultat est d’une grande authenticité.
Avec ce monologue face à son avocat, j’ai eu l’impression de lire le journal intime d’une femme qui déposait enfin un poids trop lourd à porter seule.
Une lecture marquante, mais exigeante
Même si la lecture reste fluide, Horélie n’est pas un roman à mettre entre toutes les mains. Les thématiques abordées sont particulièrement fortes : violences familiales, harcèlement, viol, abandon, dépression, anxiété, addictions… Derrière certains passages teintés d’humour se cache une véritable exploration des aspects les plus sombres de la nature humaine. Il est donc préférable de s’y préparer.
Mon verdict
Horélie est un roman qui m’a profondément touchée.
Parce qu’il parle de solitude sans tomber dans le misérabilisme. Parce qu’il questionne notre fascination pour les vies idéalisées sans jamais céder au jugement facile. Parce qu’il nous rappelle que derrière chaque acte se cache une histoire, parfois faite de blessures invisibles.
Delphine Saada réussit à mêler critique sociale, tension psychologique et émotion avec beaucoup de justesse. Son récit interroge autant qu’il bouleverse et laisse longtemps son empreinte une fois le livre refermé.
Ce deuxième roman confirme, selon moi, un véritable talent. J’espère sincèrement que Delphine Saada continuera à écrire, car sa plume possède cette qualité rare : celle de raconter des destins profondément singuliers dans lesquels chacun peut pourtant reconnaître une part de lui-même.
Un immense coup de cœur.
★★★★★ 5/5
💬 Citations
Lorsqu’on n’a plus personne à aimer, être quelqu’un de bien devient la seule raison de se tenir debout sur cette terre.
On est tous à la recherche d’un modèle à suivre, auquel s’identifier.
C’est à ça que renvoie la mort de ses parents, le terrain de l’enfance déserté par ceux qui l’ont autrefois occupé. En disparaissant, ils l’emportent avec eux.
Toutes ces étapes, suivre, liker, consommer, ne s’effectuent pas en conscience, pas plus que n’est consciente la notion d’étapes. Plutôt comme une pente sur laquelle on se laisse glisser.
L’espoir, c’est peut-être un truc pour les cons, mais c’est un truc que chaque con doit assimiler par lui-même, ou pas. On n’a pas le droit de l’assassiner à la place de l’autre.











Votre commentaire